Lecture #5 : « Pollutions de l’esprit »

Ce matin, je vous propose un extrait de mon livre de chevet du moment « Méditer jour après jour » de Christophe André. Un recueil de leçons pour vivre en pleine conscience.

L’auteur nous amène à des réflexions sur le monde, nous apporte des solutions pour apprendre à méditer, sans se couper du monde mais au contraire en se rapprochant de lui pour le comprendre. Ce passage est une réflexion sur la pollution de l’esprit dans notre société moderne occidentale. Je l’ai trouvé criant de vérité et tiens à vous le partager en cette belle matinée. Puisse t-il vous amener à la réflexion, et au calme intérieur. 

« Il y a des pollutions chimiques : elles contaminent les aliments, l’air, l’eau. Et des pollutions psychiques, qui contaminent notre esprit, violent notre intimité, perturbent notre stabilité intérieure. Slogans, publicités, et autres manipulations commerciales : il existe de nombreuses études sur ce matérialisme psychotoxique, dont on sait qu’il provoque beaucoup de dégâts variés. Par exemple, des vols d’attention, de conscience et d’intériorité. Dans quel état finit notre esprit, à force de vols d’attention ? Car notre attention est sans cesse captée, attirée, et finalement fragmentée, segmentée. Elle finit par devenir « accro » au bruyant, au clinquant, au facile, au prédigéré, au prépensé. Dans quel état finit notre esprit, à force de vols de conscience ? 

Notre mental est encombré de pensées, de démarches et de contenus inutiles : lire les publicités que nous croisons, faire des choix de consommation entre le « moins cher » et le « encore moins cher », dépenser beaucoup d’énergie à rechercher la bonne affaire, être gavé d’informations qui tournent en boucle et se répètent d’un jour à l’autre. Dans quel état finit notre esprit, à force de vols d’intériorité ? Nous sommes submergés par de plus en plus d’attractions externes et de distractions. Activités creuses de remplissage mental et comportemental. Or, comme il faut des silences pour que la parole se fasse entendre, il faut des l’espace mental pour que la conscience et l’intériorité émergent. Le disque dur de notre conscience est encombré de trop de choses inutiles. 

Car la conscience, c’est de l’intériorité. Plus nous courrons après de l’externe, moins il y a de conscience. Ces vols d’attention et de conscience aboutissent donc à des déficits d’intériorité. Ils entraînent aussi un raccourcissement de nos pensées. Comme le dit Tiziano Terzani : 

« Aujourd’hui, nous sommes énormément sollicités, si bien que notre mental n’est jamais en paix. Le bruit de la télévision, le son de la radio dans la voiture, le téléphone qui sonne, le panneau publicitaire sur l’autobus qui passe juste devant. On n’arrive pas à avoir de pensées longues. Nos pensées sont courtes. Nos pensées sont courtes parce que nous sommes très souvent interrompus. »

Nos pensées sont courtes et pas toujours tournées vers le dedans, mais comme enfermées dehors par le tumulte et le chatoiement de ce monde factice. Elles sont hors de nous, elles finissent par ne plus être nos propres pensées, mais juste des contenus mentaux stéréotypés venus de l’extérieur, échos de ce monde sans âme. L’écrivain Louis René des Forêts écrivait : « La surabondance n’a rien à voir avec la fertilité. » Nos esprits perdent leur fécondité à trop se laisser remplir par le vide des tapages extérieurs…

Alors, bien sûr, quand on essaye de penser et de pratiquer l’introspection, c’est à dire de réfléchir par soi même, au calme, au silence, dans de la continuité, on ne sait pas ou on ne sait plus. Pire: comme on en a perdu (ou jamais acquis) l’habitude, surviennent alors des angoisses, de l’ennui, ou des ruminations qui tournent en rond. Alors vite, vite, nous opérons un retour vers l’extérieur de nous mêmes, retour à ce tumulte et ce remplissage rassurants. Nous souffrons ainsi d’un déficit généralisé d’intériorité. Car il manque dans notre société tout ce qui permet l’introspection. Nous sommes carencés. »

Extrait du livre « Méditer jour après jour » de Christophe André

« Je n’ai rien fait d’aujourd’hui.

– Quoi ? N’avez vous pas vécu ? C’est non seulement la plus fondamentale, mais la plus illustre de vos occupations… »

Montaigne, Essais


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